De l’insulte comme un art et du mécénat pour fauchés
Dimanche, novembre 28th, 2010Semaine 47 /novembre 2010
Samedi
Le grand plaisir de cette semaine a été de se faire insulter par Charlotte Rampling dans une vidéo de Myriam Bornand ( Expo I take off my skin, Galerie Porte Avion ) L’actrice vous déverse un torrent d’injures, droit dans les yeux, avec un éventail expressif où l’outrage et l’infâme arrivent soutenus d’ironie et de tendresse planquées. L’art d’agonir avec grâce.
Dimanche
Européana fonctionne enfin. Ce site, attendu comme Godot et financé par la Commission européenne, est une base de données réunissant 14 millions de ressources culturelles : livres numérisés, photos, tableaux, journaux et films provenant des collections des institutions européennes. Ce projet a pour vocation de diffuser la culture européenne, en présentant des ressources de l’Antiquité à nos jours, mises gratuitement à disposition des internautes.
Lundi
Devant cette peinture de Mika Perez (Galerie du Tableau) je me demande combien de dimensions a un objet cybernétique. Cette adresse internet peinte en gris sur fond blanc est un code usant d’un autre code (la peinture) renvoyant, à condition de recopier le premier sur un clavier, à un renversant visage de petit garçon très en colère brandissant un doigt d’honneur.
Mardi
Le conseil suprême des antiquités égyptien (CSA) vient d’annoncer la découverte, près de Louxor, de douze statues de sphinx datant du pharaon Nectanebo Ier, qui régna de 380 à 362 avant notre ère. Les statues ont été découvertes sur une ancienne voie, longue de 600 mètres, qui partait du Nil, dite route de Nectanebo Ier, jusqu’ici connue uniquement d’après des textes anciens, notamment ceux narrant les processions religieuses présidées par le pharaon.
Mercredi
Les musées sont pleins de peintres inconnus. C’est ce que démontre l’exposition «Louis Cretey, un visionnaire entre Lyon et Rome» au Musée des beaux-arts de Lyon Louis Cretey, dont il existe une soixantaine d’oeuvres répertoriées, est un peintre du XVII ème qui a réussi à éviter à la fois l’académisme et le classicisme mais aussi la préciosité de son époque. Il aimait les paysages, la touche emportée et le bizarre, ce qui n’était pas du tout à la mode de l’époque. Comme il était lyonnais, ce visionnaire n’a jamais tenu le premier plan. Il est naturel que Lyon le sorte aujourd’hui de l’oubli.

Jeudi
C’est le moment d’aller, la nuit et au sud-est, visiter la Baleine et son étoile Mira (l’Admirable, la Magnifique), située en son milieu et pointée par le “V” des Poissons. Mira est admirable parce qu’elle est variable : en 11 mois elle passe d’une brillance maximum à l’invisibilité à l’oeil nu.
Vendredi
Le luxe n’est plus ce qu’il était : pour un euro on peut à présent devenir mécène du Louvre. C’est en tout cas ce que le site du musée propose. Il s’agit d’acquérir Les Trois Grâces de Lucas Cranach, une petite merveille de délicatesse et d’érotisme : la dame nue portant chapeau est la soeur d’Aphrodite et les voiles transparents sont réservés à ceux qui savent voir. C’est aussi une peinture décrétée “trésor national” et dont son propriétaire actuel demande 4 millions d’euros. Il manque un million au Louvre pour l’acquisition et l’échéance est au 31 janvier prochain. Ainsi pour 200 euros on aura droit à une visite privée pour découvrir la peinture. Si l’on prend en compte la taille de l’oeuvre ( 24 x 37 cm ) c’est vrai qu’il sera difficile de l’apprécier en foule.

Lucas Cranach l’Ancien. Les trois grâces. 24 x 37 cm. 1531