Archive for janvier, 2011

De l’art, du taux de croissance et du Côte-Rôtie

Lundi, janvier 31st, 2011

Janvier 2011

5 janvier
Ce matin, 9h15, France Inter. Nan Goldin avec une voix d’outre nuit : ” Je ne suis pas une bonne photographe mais je montre très bien. (…) avec une voix qui a vraiment sommeil : la plupart des gens ont les mêmes photos que les miennes mais ils ne les montrent jamais (…) plus loin, d’un ton de triste évidence : La photo est la forme la plus basse de l’art (…) enfin, accablée  : Je ne veux plus que quiconque sache quoi que ce soit de moi, mais c’est trop tard…”

8 janvier
Je reste un bon moment figé devant ce Mémento Mori de Katia Bourdarel ( Château de Servière)  Etrangement, il me fait sourire : cet enfant masqué dans les nuées est évidemment un ange puisque son sexe est indéterminé. Astucieusement les cheveux et la jupe tendraient vers la fille, les pieds, les mains et l’attitude, vers le garçon. Et son ventre joufflu de petit/e blanc trop nourri me renvoie à l’écriture opulente sur le mur, dont le genre était pratiqué par les notaires replets.

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Katia Bourdarel. Memento Mori.

11 janvier
Il y a des artistes parce qu’il y a eu des artistes avant eux. Ce Ghost Writer de Stéphane Le Mercier (Galerie du Tableau) me rappelle deux autres références à la machine à écrire : le Pliant…de voyage un ready made de Duchamp (1916) qui renvoyait -par avance- à la  glorieuse Underwood, outil de travail de Dashiell Hammett, et  Soft Typewriter de Claes Oldenburg (1964) période ramollo mollo. Je me demande ce que ce Nègre littéraire deviendra, s’il survit, dans un siècle ou deux, quand plus personne ne se souviendra de ce qu’était une machine à écrire.
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Stéphane Le Mercier. Ghost Writer. Mine de plomb sur plâtre. 2008.

12 janvier
Sur le site Nawaat.org qui semble jouer un rôle important sur la toile en Tunisie je trouve cette image à la mémoire de Mohamed Bouazizi, le jeune homme qui, en s’immolant, a déclenché les révoltes de rue qui, aujourd’hui, se poursuivent partout en Tunisie. Esthétique révolutionnaire ? Le rouge est celui du drapeau national, dont le croissant de lune et l’étoile sont remplacés par une image devant laquelle l’homme semble sourire :  celle d’un sit-in d’individus formant les mots Tunisie libre.

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13 janvier
Croisé ce matin cet art, collé sur un mur anonyme, comme un modeste forget-me-not à la dignité humaine.

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14 janvier
Aujourd’hui les tunisiens ont chassé leur tyran. Excellente nouvelle. Je ne sais pas de quoi demain sera fait mais je me souviens de d’Alembert écrivant à Voltaire : ” Il faut en ce monde-ci avoir le moins de tyrans qu’il est possible

16 janvier
Depuis 2000 ans les centres importants de création artistique ont toujours été les lieux de grand dynamisme économique. Aujourd’hui une page entière du Monde  intitulée Singapour s’affirme en nouvelle capitale  de l’art où Harry Bellet raconte que 14,7% de taux de croissance (record mondial) permet à la ville-état d’être le principal nid de millionnaires et le nouvel eldorado des grands marchands d’art. Ce que l’article omet de signaler c’est que la pruderie règne à Singapour où l’homosexualité est interdite et où les autorités n’hésitent pas à interdire les oeuvres jugées trop licencieuses, comme le nu féminin par exemple. Plus intéressant : il semble qu’ Art Stage Singapore  (la nouvelle foire d’art dont il est question) a fait une grande place aux artistes du sud-est asiatique comme l’indonésien Angus Suwage  dont ce  Luxury Crime (ci-dessous) où la Camarde révèle son goût appuyé pour les bains de siège au riz.

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Agus Sawage. Luxury Crime. Stainless steel, gold plated brass and rice. 124 x 77 x 52 cm. 2007-2009

18 janvier
Janvier est mois de stress et de soucis multiples pour l’écureuil qui doit à la fois retrouver ses réserves cachées de nourriture  et bergougner à tout va les femelles qui sont en pleine saison de transports copulatoires. Sans compter le froid dans les ramures.

22 janvier
Dennis Oppenheim vient de mourir. C’était un des pionniers du land art mais aussi du body art et de l’art conceptuel. Je me souviens très bien de mon trouble lorsque j’ai vu une image d’Annual Rings (1968). C’était à la fois un jeu et une façon révolutionnaire de placer l’art ailleurs. Un acte de liberté qui refusait et la permanence et l’institution. Dessiner dans la neige les cercles de croissance d’un arbre fictif des deux côtés de la frontière USA-Canada, qui marquait aussi une différence d’heure. Magnifique économie de moyens pour un jeu sur l’horizontal et le vertical et une réflexion sur la matérialité politique et administrative.
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Dennis Oppenheim. Annual Rings. 1968

23 janvier
Vernissage hier de VIP Art Fair,   la première grande foire d’art contemporain sur internet. 154 des plus grandes galeries de la planète peuvent être -virtuellement- visitées gratuitement. Si l’on veut des renseignements il faut payer un pass VIP 20 dollars pour une journée et 100 pour la durée de la foire ( 8 jours ) on peut alors poser des questions aux galeristes, connaître les prix et fouiller dans leurs réserves. Le problème est que, pour moi, il y a autant de différences entre voir les oeuvres en réalité et les voir sur écran qu’entre boire un verre de Côte- Rôtie et regarder la photo d’un verre de Côte-Rôtie.  (plutôt Domaine Garon Les Triotes) En assumant l’évident paradoxe de ce blog (cada loco con su tema). En tout cas il semble que ce soit une bonne affaire pour James Cohan le galeriste américain (New York, Shanghai) qui a organisé la chose puisque les galeristes ont payé entre 3000 et 20 000 dollars le droit de figurer sur le site. En fouillant bien, j’ai réussi à trouver une vidéo de Bill Viola, Dissolution, 2005. où j’ai piqué l’image ci-dessous

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Bill Viola. Dissolution. Vidéo. 2005

29 janvier
Composée des plumes vertes de l’oiseau sacré Quetztal, symbole de sagesse, de paix et de liberté, la couronne à plumes de l’empereur aztèque Moctezuma, le Penacho (ci-dessous) va rejoindre le musée national d’anthropologie de Mexico très prochainement, à la suite d’un accord entre l’Autriche et le Mexique. Offert par le souverain à Hernan Cortès et ses conquistadors en 1519. Charles Quint (1500-1558) étant à la tête du Saint Empire Romain Germanique et par l’effet des héritages successifs, le penacho se retrouva à Vienne, au musée des Arts Populaires (MVK)  La légende dit qu’au retour du penacho de Moctezuma  le  Soleil indien  se lèvera et la couronne précieuse répandra alors la paix, l’harmonie et le respect dans le monde entier. Bonne idée.

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