Archive for juillet, 2011

D’une manie, de quelques morts et d’un peu d’art.

Dimanche, juillet 31st, 2011

juillet  2011

2 juillet- Dans cette très grande photo de Dionisio Gonzales je cherche le Jornalista Roberto Marinho puisque tel est le titre de l’oeuvre. Il y a un grand décor de bidonville à étages et, fondus dedans, quatre personnages clairement visibles si on les cherche. Roberto Marinho n’étant sûrement pas une femme, reste à choisir entre les deux hommes qui marchent l’un et l’autre vers la gauche. Cette énigme et cette photo font partie de l’exposition L’énigme du portrait de la Collection Neuflize Vie (M.A.C.)  qui offre un large parcours éclectique et vivifiant à travers la pratique de la photo contemporaine.

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Dionisio Gonzales. “Jornalista Roberto Marinho“. 180 x 300 cm. Tirage numérique. 2005.

6 juillet- Le peintre Cy Twombly vient de mourir à Rome, il avait 83 ans, était une éminente figure de la peinture abstraite contemporaine, un des rois du gribouillis signifiant et un homme élégant qui a fui la notoriété avec succès et a vécu comme il a voulu. L’année dernière Twombly avait réalisé un grand plafond dans la salle des bronzes grecs et latins du Louvre. A cette occasion il avait réussi à donner au Monde  l’entretien le plus court et le plus vide de toute l’histoire du journal.  Cet artiste américain, exilé volontaire en Italie depuis 1957, était passé dans sa jeunesse par le fameux Black Mountain College et cultiva toute sa vie de grandes amitiés avec De Kooning, Jasper Johns et Robert Rauschenberg. Depuis la grande rétrospective de 1994 au MoMa les prix de ses peintures avaient grimpé sur des sommets Himalayens. Chaîne de montagne pour laquelle, pourtant, l’artiste n’a pas eu de particulière affinité connue. Il semble que ce soit à Houston (USA), à la Fondation De Mesnil (ci-dessous) que l’on puisse voir la plus belle collection de Twombly.
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7 juillet- La manie de plus en plus fréquente des gens de ne s’occuper de culture que l’été - pandémies générales de festivals - me donne de plus en plus envie d’éterner, activité symétrique à l’hibernation consistant à s’enfermer, avec du chocolat et des dames aimables, durant tout  l’été au fond d’un terrier silencieux et aveugle, loin de l’agora.

 

8 juillet- Lacune (en hommage à David Foster Wallace)

12 juillet- Grande expo de photos de Richard Avedon  galerie Gagossian  à Paris dont ce portrait d’un Truman Capote de 31 ans (en 1955 ) qui se prend visiblement pour Saint Sébastien sans les flêches.
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13 juillet- De l’Exposition “Sous le Drapeau” à la Galerie Mourlot  qui réunit sept artistes ( Aslan, Brodbecker, Cerf, Hernander, Ive, Tebib  et Vergnes ) autour du thème révolutionnaire je retiens ce grand mur de dessins de Pierre-Marie Vergnes. Sérielle obsession envahissante d’images d’images. Puissant et contrariant.  Comme si la mémoire n’arrivait pas à faire passer un puissant hoquet.
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15 juillet- Est-ce une image du futur ? C’est ce que dit Serguei Chestakov qui montre au Mamm ( Moscow Multimedia Art Museum )   une série de photos prises dans les villages de la zone interdite autour de Tchernobyl.

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17 juillet- Le MoMa de New York poursuit un fascinant projet, baptisé Meet me, destiné à rendre accessible l’art aux gens atteints de la maladie d’Alzheimer. Les témoignages sont étonnants comme celui de cette dame racontant ceci : “Quand nous étions en train de parler devant une peinture de Chagall mon mari m’a dit que ça lui rappelait le cimetière où sa mère a été enterrée quand il avait huit ans. Il n’en avait jamais parlé avant”

 

19 juillet- Non ça ne bouge pas ci-dessous. Oui c’est une illusion d’optique. Oui il faut se méfier de ce que l’on voit. Non la réalité, souvent, n’est pas ce que l’on voit.

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20 juillet- Les vieux peintres meurent beaucoup ces temps-ci. Aujourd’hui c’est Lucian Freud dont tous les journalistes ignares s’empressent de dire deux choses censées résumer l’homme : petit-fils de Freud et peintre le plus cher du monde de son vivant.  Alors qu’il faut dire peintre le plus chair. Avec un implacable regard obsessionnel sur la misère de la chair humaine, ce fut un grand portraitiste, en particulier de nus, et il fut le prince du trouble basculement du miroir de la réalité. Son histoire de coquard transformé en autoportrait à été racontée ici. Lucian Freud était aussi  la démonstration vivante que l’art classique continue à cohabiter avec l’art moderne et l’art contemporain.

21 juillet- Ce soir performance de Céline B. La Terreur  et zipertatou galerie Jean-François Meyer. Il n’y a que les Québecquoises pour avoir de jolis noms comme ça. Il s’agit d’une sorte d’hypnotiseuse dominatrice tendance Pierre Dac revisité cape rose qui tente d’amadouer un zipertatou dont la main droite est une palourde et la main gauche un buccin, et qui visiblement est prêt à tout. Le braquant avec une mitraillette en plastique elle lui sussure : Tes orteils bulots sont profondément détendus Jean-Philippe. On est donc en droit de penser que zipertatou est le pseudo de Jean-Philippe et qu’il s’agit d’une question de marée.
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25 juillet- Le Coucou gris (Cuculus canorus) vient de commencer à partir en migration en Afrique du Sud et de l’ Est. Seul et de nuit, comme d’habitude. S’il réussit ce long périple à travers tout le Sahara jusqu’aux forêts équatoriales, et si les grosses chenilles velues qu’il adore dévorer là-bas ne lui donnent pas de l’urticaire, il reviendra au printemps.

 

27 juillet- Quand il nous en reste seulement la description, les peintures perdues ont un étrange charme. Je rêve aujourd’hui à cette peinture de Giorgione qui a disparu et dont a parlé Giorgio Vasari en 1550 ( Georges Perec en a aussi parlé dans “Un cabinet d’amateur” Balland.1979)  La scène se passe à Venise en 1496, on venait d’installer la grande statue équestre du Colleoni au milieu de la place San Giovanni e Paolo (Campo Zanipolo), c’était le chef d’oeuvre de Verrochio qui, hélas, mourut avant le coulage général. Peut être la plus belle statue équestre de la Renaissance. Mais l’art était aussi un sport à l’époque et  pour défier les sculpteurs et leur démontrer que la peinture était bien supérieure, Giorgione avait, dans une seule peinture, voulu montrer tous les côtés d’un être humain ( ce qui fut un des désirs des cubistes 400 ans après). Vasari précise : “Il peignit un homme nu, vu de dos et placé devant une fontaine d’eau limpide dans laquelle sa partie antérieure se reflétait. A son côté gauche était un corselet bruni, dont il s’était dépouillé, et qui renvoyait son profil vu de gauche, parce que dans le brillant de ces armes se reflétait toute chose. De l’autre côté se trouvait un miroir dans lequel on voyait l’autre profil de cette figure nue, idée originale et d’une belle invention, par laquelle il montrait ce qu’il voulait prouver et qui lui valut les éloges de tous.” On comprend qu’avec un tel maître Titien fut à bonne école.

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